Amnesty International accuse le Français Idemia de vendre son système de reconnaissance faciale à la Chine - Chathologie

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mardi 22 septembre 2020

Amnesty International accuse le Français Idemia de vendre son système de reconnaissance faciale à la Chine

 


Un rapport de l’ONG Amnesty International publié ce 21 septembre accuse plusieurs entreprises européennes dont la française Idemia d’avoir vendu au gouvernement chinois des technologies de reconnaissance faciale. Dans un contexte où la Chine est pointée du doigt pour l’utilisation de ces technologies à des fins de surveillance de masse, ce rapport entend soulever les problématiques liées à la protection des droits humains.

 

Le géant français Idemia accusé de vendre son système à la police de Shanghai

Le rapport d’Amnesty International met en cause la société française Idemia, l’un des leaders mondiaux sur le marché de la biométrie. Cette dernière est accusée d’avoir vendu au bureau de police de Shanghai un outil de reconnaissance faciale sur bande-vidéo. La vente aurait eu lieu en 2015 par Morpho, une ancienne filiale de Safran qui a fusionné en 2017 avec Oberthur pour former Idemia.

Interrogée par Le Monde, Idemia a affirmé que le système vendu était destiné à des bandes-vidéo pré-enregistrées et ne pouvait donc pas « être utilisé pour une surveillance en temps réel » et que par ailleurs ce « système n’a jamais été déployé ».

Or, comme le souligne l’ONG il est naïf de penser que la vente de cette technologie est sans répercussion sur le développement des outils de surveillance du gouvernement chinois. En effet, ce dernier, et notamment le bureau de la sécurité publique de Shanghai, a très bien pu se familiariser avec cette technologie pour l’utiliser à des fins de surveillance de masse.

L’ONG reconnait néanmoins que Idemia a changé de position depuis puisqu’elle a appliqué une politique de non-vente de systèmes d’identification à la Chine en 2017 après avoir identifié les risques en matière de protection des droits humains.

C’est une chose de ne plus vendre sa technologie à la Chine qui rappelons-le a déployé plus de 200 millions de caméras de surveillance sur son territoire, à des fins de contrôle de la population et permettant la répression de certaines communautés – on pense par exemple aux Ouighours. Mais malgré tout, Idemia reconnait vendre son système à d’autres gouvernements alors que ce matériel technologique est de plus en plus pointé du doigt pour ses dérives de surveillance de masse, faisant peser de graves risques sur les droits humains comme le souligne l’ONG.

 

Plusieurs entreprises européennes également sous le feu des accusations

Toutes les entreprises ne semblent pas se soucier de la violation des droits humains dû au déploiement d’outils de reconnaissance faciale. C’est le cas de Morpho (devenu par la suite Safran Identity & Security), qui a dédié une page de son ancien site internet pour venter la vente de son système technologique à des forces de police des villes de Tianjin, Canton et Wenzhou mais également auprès de de provinces chinoises telles que Jiangxi.

D’autres sociétés européennes, telles que Noldus Information Technology se sont également défendues auprès d’Amnesty International en affirmant que ces outils de reconnaissance des émotions et d'analyse du comportement ne peuvent pas être utilisés en conditions réelles par les forces gouvernementales chinoises mais seulement à des fins de recherche. Plus que nier les dérives potentielles de ces outils technologiques, ces entreprises refusent avant tout de s’acquitter de leur responsabilité de diligence raisonnable à l’égard des droits humains.

 

Avec ce rapport, Amnesty International espère faire évoluer favorablement les mesures de réglementation des exportations de produits de surveillance des entreprises européennes vers des pays tiers. Elle encourage également les entreprises à remplir leurs obligations internationales en matière de protection des droits de l’Homme.

Bien que le rapport se focalise sur l’utilisation des technologies de surveillance biométriques en Chine, ce débat devrait être ouvert à l’ensemble des gouvernements utilisant ces outils. Peu importe le régime politique, le déploiement de ces technologies a le même objectif : la surveillance de masse et le contrôle de la population.  

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