Relancer la démocratie participative grâce aux réseaux sociaux - Chathologie

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mercredi 7 avril 2021

Relancer la démocratie participative grâce aux réseaux sociaux

Utilisés à des fins de mobilisations et d’actions citoyennes depuis plusieurs années, les réseaux sociaux pourraient également devenir un espace majeur pour redonner un nouvel élan à la démocratie participative et ainsi renouer le dialogue entre citoyens et politiques.



Un rôle déjà central dans les mobilisations citoyennes


Déjà utilisés depuis des années par les activistes, les réseaux sociaux permettent de contribuer à deux grandes formes de mobilisations.


En premier lieu, ils permettent l’organisation de mobilisations. Les citoyens utilisent régulièrement des outils de messageries (mail, discussions instantanées) pour informer de la tenue d’événements ou manifestations. On se souvient du rôle important de Facebook lors du printemps arabe mais également lors de la crise de la dette de la zone euro, du mouvement Occupy Wall Street ou encore plus récemment celui du mouvement des gilets jaunes. Utiliser ces plateformes est avant tout un moyen de se tenir informé et de s’assurer du rassemblement massif des citoyens.


Cependant, on observe également une montée en puissance du e-activisme, se limitant à la sphère numérique. Dans ce cas-là, l’utilisation des réseaux sociaux permet d’interpeler les politiques présents sur ces derniers mais également les médias : hashtags, photos, vidéos, challenges à réaliser chez soi, les manières de se rendre visible sont multiples. On se souvient encore du fameux #ASLIceBucketChallenge en 2014 ou plus récemment du #DressLikeAWoman suivant la publication d'un rapport selon lequel l’ancien président américain Donald Trump aurait demandé à son personnel de "s'habiller comme des femmes".

 

De nouveaux espaces pour repenser les échanges entre citoyens et politiques


Les politiques ont la possibilité de jouer un rôle majeur sur les réseaux sociaux : celui de recapter une partie des citoyens démobilisés, exclus des sphères démocratiques et rejetant le politique.


Le succès de certaines chaines Twitch, à l’instar d’Accropolis ou du buzz grandissant autour de Clubhouse montre bien tout l’intérêt que les adeptes du numérique ont pour les enjeux politiques. Toute plateforme, aussi bien audio (Clubhouse, Spaces, Discord) que visuelles (Twitch, YouTube) doit donc être considérée par les politiques comme un moyen de relancer la démocratie participative. Cette multiplicité des plateformes est d’ailleurs un atout puisqu’elles ont toutes leur propre public, permettant ainsi de toucher un plus large nombre d’internautes – et donc de potentiels électeurs. Bien entendu, leur présence ne sera un succès que s’ils prennent conscience que ces plateformes rejettent la politique dite politicienne.


On peut donc penser à deux grandes actions concrètes que les politiques pourraient mettre en œuvre pour renouer ce lien.


  • Instaurer régulièrement des échanges entre élus et citoyens


L’importance d’un rendez-vous fixe entre le politique et les citoyens est avant tout de créer un sentiment de confiance. A l’heure où de plus en plus de politiques se positionnent sur ces plateformes, il ne faut pas oublier que de nombreux users considèrent ces venues comme des positionnements politiques et comme une sorte de campagne politique. La relation de confiance doit donc être construite du côté du politique, pour montrer l’intérêt qu’il porte à ces plateformes et aux regards des citoyens sur la politique, à l’instar du rendez-vous matinal du journaliste Samuel Etienne sur Twitch par exemple.


Aujourd’hui le constat est clair : les citoyens ont du mal à comprendre les détails du processus démocratique et le travail quotidien des politiques (fonctionnement des amendements, projet de loi vs proposition de loi ; déroulé des procédures législatives ; travail en dehors de l’Hémicycle etc.). Ce format de questions-réponses pourrait ainsi permettre de donner aux citoyens les outils pour mieux comprendre cet écosystème mais également d’interpeler les politiques sur leurs positions et propos tenus. A condition que ces derniers jouent le jeu de la transparence. On constate d’ailleurs que ce format est une réussite en Iran où de nombreux ministres et politiques interviennent sur Clubhouse en pleine campagne présidentielle.


Il en revient aussi aux politiques d’utiliser leur visibilité et donc leur chaine – ou room - pour donner la parole à des citoyens. Dans le cas des débats sur loi Climat, la mise en place de discussions sur Twitch (Debat sans filtre), entre des élus et des associations, activistes et citoyens spécialisés sur des sujets, a permis de mettre en lumière un écosystème politisé et actif.

 

  • Inclure les citoyens dans la mise à l’agenda des sujets et des débats


Renforcer la démocratie participative signifie inclure davantage les citoyens dans le processus décisionnel mais également dans la mise à l’agenda de certains sujets. Et les plateformes numériques peuvent parfaitement répondre aux enjeux de cette dernière.


D’une part, il serait intéressant de mettre en place une plateforme en ligne pour recueillir – par exemple chaque mois - les différents sujets qui mériteraient d’être portés à l’agenda politique selon les internautes. Par la suite, les internautes seraient invités à voter pour les 3 à 5 sujets qu’un groupe politique ou élus seraient amenés à visibiliser et défendre via des propositions de loi ; rapports ; travaux en groupe d’études ou commission ; questions au gouvernement etc.


Pour s’assurer que les sujets portés correspondent aux propositions des internautes, des discussions en room ou stream sur Twitch permettraient aux citoyens porteurs de ces sujets de sensibiliser les politiques présents sur ces plateformes ainsi que les viewers.


L’objectif étant double : donner aux politiques les clés pour comprendre et se positionner sur de nouveaux enjeux et donner la possibilité aux citoyens de faire valoir des causes leur tenant à cœur. A condition bien entendu d'avoir une politique d'accès au numérique pour tous - on oublie trop souvent la précarité numérique matérielle - et d'éducation aux outils. 




Charlène Dupé est consultante en communication spécialisée sur les enjeux et plateformes numériques, également au cœur de ses engagements personnels et militants. 



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